Le Joueur de" Fêle"

La conteuse reprend « Je me nomme Blanche Dubois  , rien de bien sensationnel ; je connais les simples ,c’est une tradition dans ma famille . Pendant la Grande guerre les médecins étaient rares , ma mère savante en herbes aidait les gens par son savoir qu’elle m’a transmit . Nous vivions dans la maison que j’occupe encore ….Puis j’ai épousé Guibal Fayard médecin de son état . Alors qu’il revenait de faire un accouchement un soir d’orage il a été foudroyé comme l’arbre dont il portait le nom…un Fayard c’est un chêne !

Quand une nouvelle guerre est arrivée , privant à nouveau les gens de soins , surtout dans nos campagne, avec Aliénor ma mère nous avons continué à aider! »

-« Pourquoi vous appelle t’on Blanchemain et Vielle Mère ? vous n’êtes pas vieille pourtant » , demande Sidoine .

Blanche sourit en laissant glisser son châle neigeux sur le dossier de son fauteuil et poursuit :

-« Cela , c’est Heintz le Bûcheron qui en est à l’origine .

Il parlait d’une légende des Pays nordiques. . Prisonnier de guerre , il est resté parmi nous après la fin de celle-ci comme garde forestier » . Son nom était impossible à prononcer pour nous, d’où ce surnom Le Bûcheron » .

Intriguée Sidoine demande :

–« Que dit la légende de son pays ? »

-« Elle dit que dans les forêts de ce Pays vit une Fée que l’on nomme La Vieille Mère .

Elle protège les « cueilleurs de simples » ceux qui ont la main verte et a le secret des plantes qui guérissent . On l’honore le premier Mai de chaque année en déposant au pied d’un sureau un bouquet de primevères dont l’autre nom est Primavéra .C’est joli n’est ce pas ? Comme je cueille les simples qui soignent , dans notre jeunesse Guibal mon mari m’appelait ainsi ! Je fleuris toujours sa tombe pendant le printemps de Primavéras …

Hans a rajouté Main à mon prénom de Blanche …car Blanchemain est aussi le nom de la Fée de son Pays . Puis le temps passant il a rajouté Vieille Mère c’est un hommage !

Félix a été élevé par lui .Voila petite Sidoine , c’est donc un début. »

Séduite la jeune femme sourit à Blanche qui la regarde avec bonté tout en serrant sa main !

Zoé s’active en servant jus de fruit et tisane fraîche selon le goût de chacun , dans la douceur de la nuit qui les enveloppe .

-« Pourquoi le Joueur de Violon emmène t’il les danseurs  « vers l’eau » Vieille Mère ? » interroge Sidoine….

-« Enlève l’apostrophe de l’eau , tu obtiens : 

« Vers Eau » en dérangeant l’ordre des lettres cela devient : « Avers l’Avers l’Envers »…

L’eau est un Miroir…on se « mire »dans l’eau , elle te renvoie ton reflet…Souviens toi de tous les Interdits concernant l’eau ! Pourtant si on en connaissant vraiment le sens…

Mais voila on a créé la peur de l’eau ! Attention je ne parle pas ici de la crainte de se noyer dedans au sens ordinaire…tout à fait légitime , mais d’un Autre Sens !...L’Eau est notre Elément Origine notre élément de Vie. Tu connais sans doute le terme des Eaux Primordiales…Nous naissons à ce monde quand notre mère humaine perd les eaux dans lesquelles nous avons vécus pendant neuf mois c’est le Liquide Amniotique…

Les Eaux Amniotiques…qui vient d’amnios la plus interne des membranes qui enveloppe le fœtus que nous sommes à ce moment là…

Réfléchit- on à cela ?

Tu vois les termes sont présents…

Allez Vers l’Eau c’est allez vers son Moi , c’est Traverser pour Se trouver…Se rencontrer !

Dangereux ? Non…surprenant oui !

Alors progressivement on a enseigné la peur des Eaux de la Connaissance (Co-Naissance) de notre propre Rencontre.

 Cela arrangeait tout le monde , de la prudence vis-à-vis de l’eau où l’on peut se noyer si on ne sait pas nager , on en à fait la peur de se Re-Connaître , de se Rencontrer…

Et pourtant souviens toi :

« L’Esprit le Souffle planait sur la face des eaux » celles d’en Haut et celles d’en Bas… »

Le Joueur de Fêle ou de violon si tu veux par sa musique , son art qui est de charmer emmène les danseurs vers l’eau .

Non pas pour les noyer , mais vers Eux même …Comme la majorité n’est pas instruite du sens caché la vielle peur est toujours là…alors…

 

Le Joueur de Fêle joue à l’Envers de l’Endroit ou casse les cordes de son instrument pour ramener ceux qui n’osent ou ne peuvent pas…. sans aucun jugement ! Si quelques uns ou quelques’une acceptent l’Aventure le Joueur de Fêle se fait Accordeur c’est à dire celui qui accorde l’heure du Temps pour les conduire à Travers celui-ci… cela s’appelle Remonter le Temps !

C’est souvent la Musique qui aide…cela ne te rappelles rien Sidoine ?-« Oh si , les airs des chansons d’autrefois , la partition froissée de la Valse de Sibélius

Cette sensation d’aller vers quelque chose …de le toucher du bout des doigts ! » …Sidoine pleure ! Tout ce que vient de dire Blanche la ramène à la Maison Abndonnée au bout de l’allée de peupliers. Félix lui prend la main , lui demande pourquoi ce bouleversement intense .-« Dans le miroir de la chambre j’ai vu l’envol d’une robe blanche… c’était un fantôme ? »

-« Non je ne pense pas ; c’est beaucoup plus subtil que ça Sidoine. » lui répond t’il.

Mais elle continue…

-« Pourquoi cette personne ne m’a pas répondu lorsque je lui ai parlé ? Pourquoi les volets que je n’avais pas fermés , l’était-ils quand je suis sortie…Pourquoi le jardin fleuri de bleu et de blanc que j’ai vu par la fenêtre de la chambre ensoleillée alors qu’à l’extérieur il n’y avait pas de fenêtre .

J’ai fait le tour de la maison et pas de jardin non plus ? …et vous me demandez pourquoi je pleure ? je n’y comprends rien c’est tout ! »

Sidoine se calme un peu Félix essaie d’expliquer : 

-« Bien sûr je comprends toutes vos interrogations c’est bien de les poser…Mais voyez-vous Demoiselle il y a tant de mystères dans tout ce qui nous semble évident qu’au fil du temps les générations ont gommé ou occulté ce qui dérangeait heureusement il y a encore des « Chercheurs de Lune » !

-« Pas moi »répond Sidoine.

-« Oh que si vous en êtes…Comment expliquez-vous votre émoi , vos larmes pour une simple maison fermée ?Quelque chose s’est passé qui vous bouleverse encore …

-« Certainement , mais il y a bien une explication rationnelle .Les contes , les légendes je veux bien , mais ce n’est pas cela la vie ne croyez vous pas ? Soyons un peu réalistes… »

Elle palabre ainsi pendant de longues minutes ; les uns et les autres se taisent…Les grillons chantent, la nuit est douce , la brise soupire dans le feuillage les roses exhalent leur parfum .Felix Leménétrier Blanchemain Zoé et Baptistin sont désolés devant Sidoine qui se ferme à l’entretien qu’ils pensaient avoir avec elle …Leurs pensées se rejoignent : « elle n’est pas prête , donnons lui le temps , soyons patients et attentifs… »

Ainsi circulent leurs réflexions sur les fils de lumière qui se tissent entre eux ! Lutin le chat de la maison arrive sur ses chaussons de velours .

Il s’assied dans le rond lumineux du fanal passe une patte nonchalante sur son museau .

 

De temps en temps il pose son regard d’opale sur Sidoine puis saute sur les genoux de celle-ci et frotte sa tête soyeuse contre le visage de la jeune femme qui surprise a un geste de recul .

Changeant d’attitude Lutin s’installe sur la table devant elle ; il la regarde intensément en roulant du fond de sa gorge des :«  mrr mrrou »qui se veulent intentionnés ? il soupire , ronronne .

Les quatre comprennent que le matou essaie de communiquer avec Sidoine ; des ondes caressantes émanent de tout son être , enveloppent son vis-à-vis qui séduite , souriante le caresse…

Il les regarde fièrement les uns après les autres semblant dire : « Vous ne savez pas y faire ! »

Pour ce soir ce sera tout ,inutile d’insister .

Félix galamment aide Blanche à s’enveloppe de son châle…Après un « bonsoir Demoiselle » et un :  -« Bonne nuit petite Sidoine » ils prennent congé de Zoé et de Baptistin et s’éloignent dans la nuit parfumée . Les étoiles scintillent très haut dans le ciel !

Une gêne insidieuse s’est installée ..Sidoine la ressent , elle n’est pas fière de son attitude et la regrette déjà ! Baptistin et Zoé font comme si de rien n’était pour ne pas peiner la jeune femme. 

« Dommage espérons que nos deux amis accepterons de la rencontrer à nouveau. » pensent ils à l’unissons . Leur Bonsoir est aussi chaleureux qu’à l’accoutumée, Zoé lui tend un verre d’eau parfumé à la fleur d’oranger…

-« Buvez jeune fille , ça vous fera du bien ; ne vous en faites pas…dormez bien ! 

Le clair de lune inonde la chambre de Sidoine. Par la fenêtre, elle aperçoit le toit de la Maison Abandonnée au bout de l’allée de peupliers .Pensive elle caresse le chat en lui disant : « suis-je sotte…qu’est ce qui m’a pris ? je sais bien qu’ils sont dans le vrai… »Lutin cligne des yeux avec un ronron d’acquiescement ! Elle se couche avec une sensation de manque malgré la présence câline de ce dernier, consciente d’avoir manqué quelque chose d’important !

Sitôt au lit « elle glisse »dans un sommeil où elle se sent légère…légère , si légère ! Elle pense vaguement au chat Lutin assis sur le rebord de la fenêtre ouverte se disant « il faut que je le fasse rentrer »…mais elle ne peut pas bouger … « il faut que je le fasse sortir » se dit elle à nouveau…sans pouvoir bouger…c’est bizarre comme sensation…Qu’importe , elle se sent si bien dans ce « glissement ».Hum …je vais dormir !...

 

« ……Tiens , que fait le chat Lutin prés d’elle ?

La sensation de légèreté  est là et bien là ….Elle se « voit » marcher dans l’allée de peupliers au bout de cette dernière la maison dont les vitres brillent dans le soleil est grande ouverte . La façade est d’un joli bleu clair les volets de bois d’un bleu plus soutenu . Une voix de femme fredonne… 

 

« Ce n’est que sympathie….que sympathie profonde »….elle reconnaît l’air et les paroles de la chanson. Sans s’en apercevoir elle est déjà a l’entrée de la maison…Les couleurs , les fleurs , les arbres ont un éclat particulier , plus lumineux ennuagé d’un halo léger doré…Franchissant le seuil de la maison Sidoine remarque les tableaux aux murs…( tout en se souvenant qu’il n’y en avait pas lors de sa dernière visite) !

C’est le même lieu…tout y est neuf , plus harmonieux , vibrant de vie ! Des pas dans l’escalier la font se retourner…

A sa grande stupéfaction « Elle se voit  vêtue d’une ample robe blanche qui danse » descendre celui-ci !

Puis sans savoir comment elle se trouve à l’étage…La porte de la chambre est ouverte révélant le miroir, le lit , le fauteuil, Sidoine se précipite à la fenêtre…le Jardin magique bleu et blanc s’étale sous ses yeux….Vite , vite elle dégringole l’escalier( à ce qu’il lui semble)…

En un glissement elle arrive derrière la maison . La façade de cette dernière est du même bleu léger que celle de l’entrée , levant la tête elle y voit une large fenêtre ouverte où frissonnent des rideaux de tulle !

Le merveilleux Jardin est là…Sidoine s’engage dans l’allée et…elle « La voit Elle » qui coupe des roses blanche en chantonnant :   

« Reviens veux tu…. »

Du bout des doigts Sidoine effleure le bras de la Jeune Fille qui ne se retourne pas .Elle passe sa main sur ce dernier comme si un insecte importun s’y était posé :« Mademoiselle »appelle t-elle doucement

Celle-ci ne répond pas…Sidoine se sent emportée dans une vague irisée…il lui semble se poser quelque part….

Elle se réveille sous la pression de la main amicale de Zoé qui lui demande :

-« Mam’zelle Sidoine qu’est ce qui vous arrive…qui est Flore? vous l’appeliez quand je suis entrée…vous êtes bien jolie ainsi endormie . »

-« Je ne sais pas qui est Flore…je n’en connais aucune…j’ai de vagues souvenirs….Tiens te voilà toi ? » dit elle en s’adressant à Lutin qui saute sur le lit et lui témoigne force caresses

Toute la journée Sidoine est dans l’interrogation ….Elle va se promener avec Lancelot et de ce fait passe au bout de l’allée de peupliers .

La maison est aussi abandonnée que d’habitude : elle la regarde de loin , le cœur un peu serré sans trop savoir pourquoi …

 

Pensive elle revient au petit trot de Lancelot à l’auberge .

En arrivant elle se décide à raconter l’étrange « rêve » qui l’a visité ; la certitude d’avoir vécu cette «  aventure » se fait de plus en plus évidente en elle….cela la laisse perplexe !

Depuis , chaque soir lorsque Sidoine se couche elle espère très fort refaire le Voyage magique . Sur les conseils de Zoé elle consigne sur un carnet son état d’esprit , les bribes dont elle se souvient.

Peu à peu elle se sent moins seule , retrouve la joie de vivre , sa santé s’améliore …. et si le Rêve y était pour quelque chose ?

Néanmoins Félix et Blanche lui manquent elle ne sait comment l’exprimer . Ce soir en se couchant elle pense à eux .

Lutin le Chat fidèle est assis sur le rebord de la fenêtre ; le temps est maussade . Des nuages poussés par le vent qui se lève courent dans le ciel La nuit va être fraîche ; pourtant Sidoine laisse la fenêtre ouverte , elle n’a pas envie d’être renfermée….elle a chaud !

Soudain une vague de chaleur l’envahit de la tête aux pieds ,elle rejette la couverture légère…

Mais à présent la fraîcheur l’enveloppe l’obligeant à ramener sur elle la couverture .

Lutin saute sur le pied du lit , passe une patte paresseuse sur son museau , baille puis se roule en boule….Sidoine s’est endormie!

« Le Rêve  revient dans un décor différent cette fois…..

Un violoneux….Un Joueur de Fêle l’attend appuyé contre un arbre ! C’est un adolescent qui ressemble vaguement à Félix coiffé du chapeau de ce dernier .

Il porte un agneau contre lui , de sa main gauche il tient un bâton de berger , tandis qu’un violon fleuri est appuyé contre lui… 

 

« C’est bizarre…mais c’est un Rêve » se dit Sidoine !Le temps est magnifique , les oiseaux chantent , Lutin est là lui aussi .Avec un sourire , d’un geste le Joueur de Fêle l’invite à le suivre si elle le veut bien !

Le chat à ses côtés , l’une suivant l’autre ils prennent un chemin blanc , laissant l’allée de peupliers qu’elle aperçoit…quelqu’un joue du piano dans la maison !

Le Ménétrier…ou le Joueur de Fêle joue sur son violon un air joyeux , l’agneau gambade à ses côtés. Sidoine les suit en chantonnant l’air entraînant.

Suite au chemin ils arrivent par les prairies à l’orée d’un joli bois prés d’une maisonnette nichée dans les roses. Une femme aux cheveux couleur de lune retenus par des épingles de nacre sous une coiffe d’organdi , fait de la dentelle aux fuseaux qui dansent au rythme de ses doigts!

 

Le joueur de Fêle la salue courtoisement.

Elle répond à son salut par un sourire qui lui redonne sa jeunesse , se lève, brosse soigneusement sa jupe vert foncé où s’accroche quelques brins de fil , puis jette sur ses épaules un grand châle blanc mousseux comme l’écume de l’océan et leur emboîte le pas ! Fatigué par ses gambades l’agneau se couche dans une corbeille !

Un air de chanson enfantine voltige dans la tête de Sidoine tandis qu’ils pénètrent dans le bois :

« Au p’tit bois , p’tit bois charmant

Quand on y va que l’on est à l’aise… »

Elle comprend que ce bois là se nomme ainsi :

Le Bois Charmant…Comment , pourquoi ?

C’est une autre histoire pense t’elle…Sidoine sait qu’elle « rêve » enfin elle ne sait pas trop , peut être voyage  t’elle ?

En tous cas elle observe , participe c’est drôle et si intéressant ! Cela fait un bon moment qu’ils vont par les fourrés à travers les sentiers moussus .

La Dame lui montre les arbres en les nommant . Attire son attention sur une touffe de Primaveras , tiens , ce nom résonne en elle .

Il lui semble que chaque Végétal quel qu’il soit se penche vers eux pour les saluer ?

Les oiseaux s’égosillent « à becs que veux tu » , des écureuils curieux les regardent passer , c’est drôle cela lui fait penser à Blanche-Neige .

Le Violoneux joue à présent un air plus doux tout en nuances , on ne danse plus , on marche en flânant !

« Pourquoi quand je ne dors pas suis-je aussi réfractaire à ce que je Vis ici et maintenant…je sais que ça existe et je renâcle au matin » se dit Sidoine !

La musique est de plus en plus douce .

Stupéfaite Sidoine en compagnie de ses amis découvre une clairière .Un peu décalé sur la droite sous un saule pleureur il y a un petit étang . A sa surface miroitante s’épanouissent des nénuphars tandis que des libellules volètent dans le soleil .Des peupliers montent la garde 

La Dame prend Sidoine par la main , toutes les deux rejoignent le bord de l’étang ; parmi les iris d’eau elles s’agenouillent .

Dans le frissonnement irisé  ,limpide ondoyant, le ciel se reflète . Puis, la jeune femme voit monter en transparence du fond de l’étang la Maison Oubliée . Elle perçoit une fine silhouette féminine , puis un visage se précise prés de son propre reflet….L’Inconnue lui ressemble…éberluée Sidoine se retourne vers la Dame qui lui sourit…

 

Lorsque la jeune femme regarde à nouveau dans le miroir de l’étang , l’eau étincelle de mille soleils , une fine dentelle liquide en ride la surface.

La Maison , le Visage ont disparus…La musique sous l’archet du Joueur de Fêle se fait murmures caressants puis s’atténue en notes aériennes si légères qu’elle semblent venir d’ailleurs !

La Dame et Sidoine se relèvent lentement . Alors que celle-ci s’apprête à poser maints questions à cette dernière….insensiblement la Dame et le Joueur de Fêle s’estompent dans une brume bleue !

Sans savoir comment encore une fois Sidoine se sent emportée sur des ailes…(sans doute les Ailes du Rêve) pense t’elle pour se poser sans heurts prés de l’arbre où se tenait le Joueur de Fêle…et alors ? se dit-ell

….Alors au jour levant…elle s’éveille dans son lit , dans sa chambre…Lutin le Chat ronfle prés d’elle !

Sidoine ne bouge pas , referme les yeux…elle sait à présent que le seul moyen si elle ne veut pas oublier Son Rêve , c’est de rester tranquille .

Ne pas penser afin d’attraper du bout du cœur  la queue lumineuse de Son Voyage ! 

Et refaire ainsi à petit pas, en toute conscience…

Le Voyage à l’Envers selon Zoé !

Elle note sur son carnet les faits précis , ses gestes les bruits, son état d’esprit , les couleurs , les odeurs qui lui « reviennent ».

Cela va très vite…Ainsi les jours suivants elle relira ce reportage peu ordinaire , le partagera avec Zoé , Baptistin et aussi avec Blanche et Félix quand ils reviendront…Car ils vont revenir !

Un merle siffle dans le marronnier , un coq s’égosille d’une voix enrouée . Le rire de Zoé s’égrène en cascade , Baptistin la taquine pense Sidoine en souriant .Lutin s’étire et quémande des caresses.

Elle en fait autant , repousse la couverture du pied. Musarde au creux du lit un tout petit peu , juste pour jouer à la paresseuse et se décide enfin à se lever ….Elle danse pieds nus sur la carpette , heureuse de vivre , d’être bien dans sa peau , se surprend à chantonner sous la douche…

Il y a si longtemps que cela ne lui est pas arrivé.  L’eau ruisselle sur son visage , son corps ,que c’est bon de se sentir vivante…libre !

Sidoine ne se souvient pas d’avoir été aussi heureuse , amoureuse de la vie depuis le drame…

C’est peut être le Rêve qui me révèle pense t’elle . Elle murmure les mots , n’ose pas encore clamer cette réalité dont elle est sûre à présent…Comment ? Pourquoi ? Qu’est ce que ça peut faire ? L’essentiel n’est il pas de le savoir de le sentir dans chaque fibres de son être ?

Comme la Perrette de la fable elle enfile « cotillon court et souliers plats » , noue le chemisier de coton blanc au-dessus de son nombril comme le veut la mode -« Tiens ce serait joli un bijou à cet endroit coquin , j’y penserai » soliloque Sidoine .

Jamais avant son arrivée à l’Auberge elle n’y aurait pensé , ça la surprend et la fait rire !

Elle n’attache pas ses cheveux comme d’habitude ; ils dansent sur ses épaules à leur fantaisie .

Se regardant dans le miroir , il lui semble redevenir un peu la jeune femme du temps de Grégory son amour avant leur mariage !

De penser à lui ne la rend pas triste et c’est nouveau . Sidoine sent un doux vibrato comme un bercement dans son cœur….une joie tranquille !

Elle comprend que Grégory et leur amour sont vivants sur une harmonique secrète qui cicatrise les plaies brûlantes de la désespérance…Elle est certaine qu’elle a le droit de vivre , que son Amour et leur petit Blaise ne la veulent pas malheureuse…au contraire !

C’est la vraie réalisation de l’Amour que Sidoine avec son Cœur son Ame et son Esprit vit ce matin . Elle a envie de prendre l’Univers entier dans ses bras…

Libre enfin de Vivre sans amertume , sans regrets ils lui ont tant donnés tout les deux.

Ils lui ont fait la grâce de l’aimer , de la chérir ce fut et cela reste un Bonheur immense de les avoir reçus tous les deux  , c’est un vrai Trésor qu’elle garde à jamais en elle au-delà de tout !

Ensemble pour l’Eternité , même si ils sont séparés , ils ne seront jamais désunis!

Le chat dans ses bras elle rejoint Zoé et Baptistin pour le petit déjeuner .

- Wa , que vous êtes jolie mam’zelle Sidoine ce matin , tu trouves pas Baptistin ?

Ce dernier approuve en souriant , alors que sa femme reprend :

- Alors mam’zelle vous avez trouvé le secret de la Vie que vous voilà toute lumineuse ?

C’est un bonheur de vous voir comme ça.

 

J’savais bien que le Ménétrier vous ouvrirez des portes ; « c’est tout bon » à présent . Vous allez en faire des découvertes , je pense que vous êtes prête « tu penses t’y pas comme moi mon homme ? conclut Zoé en embrassant Sidoine.

« Mon homme » enfin je veux dire l’homme de celle-ci est bien d’accord avec sa chère et tendre . Il ne dit pas grand-chose Baptistin c’est un silencieux ; mais il observe , ressent le changement des êtres quels qu’ils soient ; son cœur est content de voir cette jeunesse reprendre goût à la vie .

Ils se sont tant inquiétés pour cette jeune femme « en berne » qui leur est arrivée un jour...

Au fait c’était quand ? Bah pas d’importance . Leur tendresse , le bon air avec la compréhension et …un grain de fantaisie ont fait des merveilles sans oublier tous ceux qui les entourent .

N’est ce pas ça le bonheur ? pense t’il  .

En pétrissant le pain Baptistin sifflote tout en remerciant le ciel à sa façon ….

Tout à l’heure il ira fleurir la statuette de la Dame qu’il a trouvé en faisant son jardin , tout prés de la source .

Il y a longtemps de cela et qu’ils ont baptisés «La Dame de Sourcebelle » !

A midi tapant Félix Leménétrier et Blanche chacun de leur côté arrivent comme s’ils s’étaient donné rendez-vous .

On les accueille avec bien du plaisir :

- Vous allez manger avec nous , les invitent Zoé et Baptistin. Ils acceptent sans façon ; Sidoine est ravie de les revoir .

C’est ainsi qu’ils partagent le repas préparé par leur hôtesse et la jeune femme qui se conduit en vraie fille de la maison .

L’automne paré d’or et d’incarnat est arrivé avec luxuriance…c’est l’été de la Saint Martin !

Tous les quatre bavardent avec amitié tant et si bien que Sidoine raconte ses Rêves avec un tel enthousiasme que Blanche et Félix devinent que la jolie rebelle est sur la route de la compréhension des Mystères de l’Invisible !

Ce sont eux qui les premiers parlent de « Ulbénosiame » et de Lancelot ; Sidoine est à l’écoute , sans crainte ni doutes .

Elle comprend qu’il y a des choses qui lui sont encore cachées . Elle n’ éprouve aucune amertume à l’idée de patience , de travail sur soi , d’attente . Au contraire Sidoine est honorée par la confiance l’amitié qu’ils lui témoignent en lui proposant de faire avec eux cette recherche qui lui permettra de pourquoi « Ulbénosiame » l’interpelle autant . Elle en a les larmes aux yeux

Ses pensées s’envolent vers Gregory et leur petit Blaise et sourit , sereine , apaisée….elle sait qu’Ils l’accompagnent

Très tôt ce matin , Sidoine selle Lancelot . Des écharpes de brumes s’accrochent aux branches des arbres . «Le lait des Fées » c'est-à-dire la rosée s’irisent de paillettes multicolores dans le soleil levant . « L’Equaclub » s’éveille . Soulevant sa casquette Firmin qu’elle rencontre la salue d’un :

- B’jour M’dame , va faire beau aujourd’hui , bonne promenade.

Par les sentes des prés elle gagne l’orée de la forêt qui commence à se parer des couleurs automnales .

Elle laisse libre court au choix de Lancelot pour leur promenade…monture et cavalière ne font qu’une .

Sidoine est enveloppée par l’air frais et léger qui la grise . Absorbée par ses pensées , elle ne s’aperçoit pas que Lancelot ralentit l’allure….. passe au pas pour finalement s’arrêter .

La jeune femme se rend compte que leur promenade les amène prés d’un petit étang ombragé par un saule pleureur….

Le site est semblable à celui de son Rêve ; mettant pied à terre elle s’attend presque à voir le Ménétrier appuyé contre un arbre !

Le soleil monte derrière la cime forestière . Les alouettes sillonnent le ciel . Un bruissement dans un fourré la fait sursauter , elle aperçoit la robe fauve d’un chevreuil qui s’enfuit .

L’herbe est élastique sous ses pas . Au bord de l’étang Sidoine s’agenouille parmi les iris d’eau , se penche sur la surface liquide lisse comme un miroir…Le ciel s’y reflète tout comme son image.

Lancelot de ses naseaux la pousse doucement afin qu’elle lui fasse place pour qu’il puisse boire à longs traits l’onde fraîche.

Sidoine se relève , caresse ses naseaux soyeux . Ses mains se perdent dans sa longue crinière où elle enfouit son visage tout en lui chuchotant des mots doux . Puis elle s’éloigne de quelques pas , se sent toute chose prés des larmes attendant un signe qui ne vient pas .

Lancelot pose sa tête sur l’épaule de la jeune femme ce qui la ramène à l’instant présent .Les rênes passées à son bras elle marche prés de lui mâchonnant un brin d’herbe . A cet instant un cavalier les rejoint….

- Bonjour Demoiselle , je vous présente Vaillant ! la salue Félix tout en flattant l’encolure de sa monture , un beau cheval à la robe isabelle . Ensemble ils continuent la promenade chevauchant de concert .

Parmi les arbres Félix lui montre la silhouette d’une maison , c’est « Ulbénosiame » précise t’il ! Sidoine tressaille à l’énoncé de ce nom…. 

« - J’espère bientôt en connaître l’histoire , Félix » ?

 « - Vous la connaîtrez bien vite , je vous le promet » Puis piquant des deux il s’éloigne en la saluant d’un geste de la main…

- A bientôt Sidoine !

Une grande partie des vacanciers ont pliés bagage pour repartir en ville . Quelques habitués restent encore une semaine ou quelques jours .

A l’arrivée de l’automne ils repartiront chez eux comme les hirondelles . On en reverra certains en fin de semaine jusqu’à la Toussaint .

Alors Zoé et Baptistin mettront l’Auberge en « veilleuse ». Sidoine prolonge son séjour pour une période indéterminée !

Blanche et Félix amis fidèles sont là plus souvent . L’invasion de vacanciers les a fait fuir .

Progressivement après mûre réflexion ,Sidoine s’installe à la grande joie de ses hôtes . L’angoisse qui fut si longtemps sa compagne depuis la mort de Grégory et celle de leur petit Blaise s’est apaisée faisant place à une douce sérénité . Son arrivée à Clairval l’a sauvée du désespoir . Zoé , Baptistin, Blanche et Félix n’y sont pas étrangers , pas plus que ceux de L’Equaclub !

Un rythme harmonieux se met en place dans leurs vies , remplient de joies simples et de découvertes pour Sidoine .

Plusieurs fois par semaine Félix ou Blanche et souvent les deux ensemble l’invitent pour de longues promenades . Ils vont à la recherche de plantes . L’observation du monde animalier est un émerveillement . Ces vies secrètes lui deviennent familières . Il n’y a pas si longtemps elles les ignorait totalement .

Depuis la jeune femme prend conscience de ses « résonances » en accord avec le battement sourd du cœur de la Terre .

Blanche lui fit connaître les vibratos  de l’eau à la « Fontjoie » . L’eau chante et danse sur les galets moirés de gris et de blanc .

 

Elle plonge ses pieds avec délices dans sa fraîcheur mouvante .

En leur compagnie un jour pluvieux, Sidoine retrouve l’étang. La pluie fait « des pointes » sur sa surface argentée .

Tout l’alentour baigne dans une brume qui alourdit les végétaux .

Les branches souples du saule pleureur ploient davantage sous le poids des perles d’eau qui l’embellissent .

Avec dextérité Félix monte une hutte de branchages prés d’un ormeau à quelques mètres de l’étang . Ils s’y installent tous les trois . Félix en rabat le rideau feuillu , puis invite Sidoine à regarder par la trouée faite par ses soins .

Tout d’abord elle ne comprend pas pourquoi . Blanche lui explique qu’ainsi elle pourra voir avec plus de commodité en étant assise et à l’abri de la pluie .

Puis elle lui conseille de laisser aller son regard sans but précis , sans fixation . Comme cela le paysage , l’environnement viendra vers elle .

–«  Ton regard doit « planer »….tu Es Regard et Silence rien d’autre ! » murmure t’elle à l’oreille de la jeune femme . Peu à peu , la sérénité , la sécurité s’installent en celle-ci .

Derrière elles Félix est silencieux .Sidoine sent son souffle léger de temps en temps sur sa nuque , mais cela ne la dérange pas .

Elle devient attentive , patience attente…

Patience , patience semble rythmer son cœur…et c’est à ce moment précis qu’elle Voit le paysage Autrement ! Sidoine s’imprègne de cette approche différente toute en nuances subtiles .

C’est avec une netteté incroyable qu’elle perçoit jusqu’aux plus petits détails l’environnement tandis que la pluie pianote sur le feuillage ! Le rideau ou plutôt l’écran de cette dernière devient opalescent . Il semble immobile et mouvant à la fois . La lumière vient de nulle part. Dans cet éclairage transparent , irisé , la jeune femme distingue des formes légères , élégantes qui vont et viennent dans un ballet silencieux.

Elles flottent s’élèvent tournoient gracieusement !

Des odeurs de terre , d’arbres , de champignons et d’eau taquinent leurs narines…Sidoine se sent devenir la Pluie , la Danse des éléments , les Parfums …. elle est légère…c’est fastueux !

Brusquement un rayon de soleil s’infiltre parmi la feuillée puis inonde le paysage dans un « coulement » de miel. !

L’enchantement s’estompe dans cette grande lumière laissant la jeune femme toute émue…

Félix relève le rideau de verdure. Il les aide à sortir de la hutte toutes engourdies par leur longue immobilité .- « Que s’est il passé ? Je n’ai jamais rien vu de si beau ! » assure t’elle en regardant ses amis . Blanche explique :

- Ce sont les Demoiselles de la Pluie les  « Ondoyantes »…les« Chantantes » !

Les« Dansantes Damiselles » ! On les appelle aussi les « Avrillées » quand Elles viennent avec les pluies d’Avril …

C’est un privilège quand Elles acceptent de se laissées Apercevoir !

Elles protègent les prairies , les bocages .

Elles aiment jouer avec les pluies fines , les ondées Les grosses averses leurs font peur tout comme celles de l’orage . C’est alors qu’Elles se réfugient dans les « Abres-Maîtres » !

Elles portent aussi le joli nom de « Nappées » toutes douces et fragiles ! Nous avons eu beaucoup de chance qu’Elles aient daignées nous faire ce cadeau ! Nous allons les en remercier . »

Blanche tire de sa poche des grains de blé qu’elle sème sur le sol à pleine main ; tandis que Félix plante une pousse d’Aubépine appelé aussi le Bois de Mai…l’Arbre aux Fées !

 

 Fin de ce chapître la suite bientôt dans

'COLCHIQUES dans les PRES'

Sidoine et Chanteplume

 

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