La Maison abandonnée au bout de l'allée de peupliers

'L'Univers se met à chanter si tu trouves le Mot Magique...'

citation d 'Eichendorff   

'Prononcer , Ecrire les Mots à l'Envers est le seul moyen de pénétrer au Coeur de la Féerie c'est à dire:

'Passer à Travers le Miroir'

  

« La Maison abandonnée »

En sortant du bourg,Sidoine remarque la maison abandonnée au bout de l’allée de peupliers ; elle est solitaire sous son manteau de lierre déchiré et ses volets sont clos . Poussée par elle ne sait quoi elle s’engage dans la longue allée , le sol moussu étouffe le bruit de ses pas ; une barrière de bois brûlée par le soleil ferme le jardin. Un morceau d’une plaque ancienne pend lamentablement dans le lierre ; on déchiffre quelques lettre : «  Ulbé » .le reste est effacé « ça ne veut rien dire » pense Sidoine ,elle hésite un peu puis pousse la barrière qui s’ouvre sans bruit .Le sentier jadis gravillonné est aujourd’hui dénudé on voit la terre ocre au travers des herbes folles qui le prennent d’assaut . Les myosotis en folie fleurissent un peu partout , un rosier échevelé tente de survivre étouffé par les orties , seules une ou deux roses blanche s’épanouissent au soleil .Un peu gênée , car ce n’est pas son habitude , Sidoine cherche dans le manteau de lierre et trouve(est ce un hasard ?) une grosse clé tarabiscotée ayant la silhouette d’une Licorne , elle tourne facilement dans a serrure , de la main la jeune femme pousse la porte qui s’ouvre silencieusement révélant ainsi une grande pièce .

Les raies du soleil filtrent par les interstices des volets de bois , un fauteuil paillé tend « les bras » à la visiteuse qui franchit le seuil ; des odeurs de cire et de camphre mêlées flottent dans l’air . Sidoine traverse la pièce en ouvre les fenêtres et les volets dans un crissement de poussière , ces dernières donnent sur un sentier envahit par les avoines folles . Le dos appuyé à la balustrade d’une des fenêtre la visiteuse détaille du regard ce qui lui semble être davantage un atelier qu’un salon .Pèle-mêle sur la longue table , bouquins , compas ,papiers règles plumes et crayons se côtoient . Prés de l’une des fenêtres trône un chevalet recouvert d’un morceau de drap qu’elle n’ose pas soulever . Une palette de peintre dont les couleurs ont séchées , des pinceaux gisent sur le sol prés d’un tabouret renversé .

 Un bouquet de violettes fanées entouré d’une collerette de papier dentelle , de longs gants de daim, une pochette de soirée d’un blanc jaunis sont posés sur le piano ouvert , ainsi qu’une partition chiffonnée que Sidoine défroisse elle y reconnaît les mesures de la Valse Triste de Sibèlius et se surprend à en fredonner l’air nostalgique ! La tapisserie des murs est salie, des taches plus claires témoignent de la place des tableaux disparus . Sidoine gravit l’escalier qui mène à l’étage , ce faisant elle dérange une souris aussi effrayée qu’elle qui s’enfuit à toutes pattes vers la sortie . Sur le palier il y a quatre portes , dont une est fermée. Les trois autres entr’ouvertes laissent apercevoir un coin de lit , un rideau , une chaise , rien d’original , ce sont des chambres ordinaires ! Sidoine commence à redescendre l’escalier quand elle se souvient de la quatrième porte fermée , se ravisant elle franchit les marches descendues et se précipite vers cette dernière ,hésite un peu puis appuie sur le loquet de porcelaine. Un flot de soleil l’éblouit une fraction de seconde . Les rideaux de mousseline blanche frissonnent dans l’air de la fenêtre grande ouverte .Un lit Récamier recouvert d’une jeté de lit bleu et blanc , une coiffeuse en bois de rose ,un tabouret enjuponné de même tissus , un guéridon de bois blond , tout indique qu’une femme peut être une jeune fille occupe cette chambre .

 Sidoine marche avec précaution sur le tapis bleu , se penche à la fenêtre , elle est émerveillée par le jardin qu’elle découvre . Toute la gamme des bleus accompagne les rosiers blanc , le seringa , un vrai tableau de peintre « tiens , il doit donner sur l’arrière de la maison , ce n’est pas celui que j’ai vu en arrivant » pense t-elle .Un parfum de marjolaine l’enveloppe soudain comme une écharpe , se retournant , elle capte l’envolée furtive d’une robe blanche dans la psyché.

 

-« Pardon , excusez moi » dit elle en sortant précipitamment pour dégringoler l’escalier et referme la porte d’entrée !« Zut et zut , je n’ai pas refermé les voles » peste Sidoine en se retournant vers la façade , mais ceux-ci sont clos , la maison semble dormir !

-« Pourtant c’était ouvert puisque c’est moi qui  » soliloque la jeune femme en refermant doucement la barrière de bois brûlée par le soleil . Laissant l’allée de peupliers elle s’engage dans le sentier qui semble entourer la maison . Qu’elle n’est pas sa surprise lorsque levant les yeux sur la façade arrière de celle-ci , elle la découvre revêtue d’un manteau de lierre , où nulle fenêtre n’est ouverte tandis que le magnifique jardin bleu et blanc a disparu . Le sentier se perd dans la campagne , de plus cette façade est au nord , l’entrée de la maison au sud comme la chambre ensoleillée ! Décontenancée Sidoine revient sur ses pas ,  debout dans l'allée elle regarde la maison solitaire qui semble l'attendre....

RETOUR à l'AUBERGE

Parcourant rapidement l’allée de peupliers  la pluie la rattrape portée par de lourds nuages, poussé par un vent rageur alors qu’elle arrive à « L’Auberge de Bamboula » où elle prends pension….La jeune femme grimpe quatre à quatre dans sa chambre , en ferme les fenêtres ouvertes sur la campagne ; elle aperçoit le faîtage de la «  Maison Abandonnée» ; Sidoine envoie à la volée ses tennis humides ,puis s’étend sur son lit bien décidée à faire une sieste matinale afin d’oublier sa visite .

« -Bien fait pour moi ,ça m’apprendra à fourrer mon nez où il ne faut pas…qu’elle idée m’a prise » pense t’elle…La pluie d’été tambourine sur les vitres…un timide rayon de soleil caresse la joue de la belle endormie ! Des « tocs toc» répétés à sa porte la réveille , elle saute de son lit toute ébouriffée et ouvre :-« Alors mam’zelle Sidoine vous faites la sieste  et le repas alors ? »questionne en souriant Zoé l’aubergiste ; on ne voit que l’éclat du sourire dans son visage coloré; sa poitrine généreuse se soulève dans un éclat de rire ; elle a ramené de ses Îles natales sa faconde et sa gentillesse . Un peu mise à l’écart à son arrivée , on a compris au pays pourquoi Baptistin avait succombé à son charme . Zoé séduit vite le voisinage , fait preuve d’esprit en donnant à la vieille auberge le nom que les mauvaise langues chuchotent dans son dos qui ainsi devient   « L’Auberge de Bamboula » vous comprenez pourquoi … 

 

« C’est aussi simple que ça » explique t’elle à sa pensionnaire…un peu étonnée du nom original de son havre de vacances. Zoé et « son Baptistin » entourent la jeune femme d’attentions ;ils n’ont pas d’enfants et ont compris la solitude de Sidoine tout attristés quand des larmes retenues voilent son regard . Ce midi elle fait honneur au repas ; les vacanciers sont peu nombreux , seuls les amoureux de la nature , de beaux sites peu connus un peu sauvages viennent régulièrement .

A l’heure de la sieste , Sidoine bavarde avec ses hôtes de tout et de rien ; ils sont discrets , ne la questionnent pas sur sa vie . Ils lui parlent du pays , des coutumes…c’est un lieu à « secrets » paraît il . Devant l’intérêt que lui porte Zoé et Baptistin elle se hasarde à parler de la maison solitaire au bout de l’allée de peupliers. « Ah j’disais bien à mon homme , qu’vous étiez bouleversée en rentrant , j’comprends à présent ! » dit Zoé .

-« Comment , que voulez vous dire , expliquez moi s’il vous plaît ? C’est vrai que ce matin il m’est arrivée de drôles de choses , j’ai peut être eu la berlue… »

-« Que non ma toute belle ; elle a une longue histoire cette maison ; mais si nous on n’sait pas en parler , sans doute que Félix Leménétrier voudra bien vous en conter l’histoire mam’zelle Sidoine » conclut la bonne hôtesse .

- « Oh bien sûr ça me plairait bien , mais quand , où ,comment ? » demande la jeune femme .

-« Patience , patience petite demoiselle ,c’est nécessaire , y faut qu’on en parlent Zoé et moi , puis après avec Félix » explique Baptistin . Sidoine comprends un peu déçue qu’il lui faut attendre…vitesse et précipitation ne donne rien de bon dit le vieux «  dit-on ». Alors elle se promet de ne rien hasarder et d’essayer de ne plus aller à la maison abandonnée au bout de l’allée de peupliers !

-« Vous allez être très occupée à visiter les environs , y’a d’beaux monuments , des endroits à vous couper l’souffle , l’temps passe si vite quand on y pense pas  et puis y’a l’club pas loin, si vous aimez les ch’vaux pouvez y’aller quand vous voulez » affirme Zoé …Suivant ces précieux conseils Sidoine dans la soirée va en se promenant à… « L’Equa-Club » pour voir ; en y arrivant elle est rejointe par une bande d’enfants…d’ados turbulents ,criants et piaffants…

'A l' EQUACLUB'....

 

-« C’est la Colo du coin , sont pas méchants ces galapiats, mais faire du bruit ça y savent qu’voulez vous…et puis ça fait des sous il en faut » affirme Furette la patronne du Club ! Sidoine plaint les poneys et les chevaux qui ne s’en laissent pas conter  quelques jeunes plus tranquilles trouvent grâce devant eux .Vite fatiguée la Colo repart aux pas cadencés sous la férule de « Bidule » leur mono complètement dépassé ; il croyait ce benêt que ces gamins loin des citées bruyantes , libres , enfin au grand air allés lui obéir au doigt et à l’œil ; il ne sait pas y faire trop coincé par « ses bonnes manières » ! Sans regrets la jeune femme les voit s’éloigner aussi tonitruants qu’en arrivant .Seule , elle flâne dans le Club désert à cette heure ; un beau coursier blanc dans son box vient vers elle , il tend ses naseaux soyeux quêtant une caresse qu’elle lui donne généreusement .Le lad de service s’approche…

' LANCELOT'

 

 -« L’est beau mais pas facile le « Lancelot » ; avec un nom pareil ,qu’voulez vous c’est pas d’sa faute l’pauve . »Voyant la faute commise sur la plaque d’identité du cheval…  « Lance l’eau » Sidoine retient son rire… ce ne serait pas gentil pour celui qui a fait l’erreur , discrètement elle en rétablit l’orthographe sous le regard narquois du lad qui s’esclaffe :« Ben j’savais pas , merci bien mam’zelle ; vous voulez l’monter ? J’vous préviens faut y aller doucement…z’aurez d^u l’app’ler « Pas Commode » leur bête…attendez j’vas vous aider ».Devant l’air décidé de cette dernière , Firmin le lad prépare l’harnachement… 

-«  L’a l’air d’si connaître ,mais j’garde un œil sur elle…l’est ben brave la d’moiselle »marmonne t’il en s’adressant à lui-même .Comment a-t-elle fait ? déjà elle s’éloigne au trot de sa monture….

 –« Ben ça à peine l’dos tourné la v’la partie , ah c’est une sacrée cavalière » continu t’il admiratif en regardant Sidoine et Lancelot ne faisant qu’un dans le soleil couchant …elle lui fait confiance « Dommage que tu ne sois pas à moi mon beau » lui dit elle en caressant l’encolure puissante de son compagnon . Au bout de deux heures , ils reviennent au petit trot ; sitôt arrivée Sidoine prend soin de son nouvel ami .

  

Furette l’ayant rejointe lui propose de venir aussi souvent qu’elle le veut pour le monter tout le temps de son séjour , ravie la jeune femme accepte et demande :

–« Mais son propriétaire que dira t’il ?

-« Vous en faites pas Mamz’elle , son proprio on l’connaît pas .

Y’a un an un matin un gars la conduit ici en disant :-« Y s’appelle Lancelot tout l’monde est parti au Domaine , y sera bien chez vous ; l’a fait un chèque puis a reprit sa route . Depuis on a revu personne alors Lancelot est chez lui ici on dit les gendarmes, un ben brave cheval, un peu fier comme dit mon homme mais pas vicieux .Bon j’m’ennuie pas avec vous Mam’zelle mais faut qu’j’aille tremper la soupe d’ mon bonhomme et du fiston ! » Sidoine conduit son fier compagnon au pré… et sursaute en entendant une voix d’homme :

 –« L’est ben content l’beau Lancelot  merci pour lui M’dame » se retournant elle découvre un grand gaillard bedonnant accoudé à la barrière , elle ne l’a pas entendu venir . Il touche de son index le béret vissé sur sa tête ronde , mal rasé il a l’air tout penaud en voyant son sursaut…-« Faite excuse M’dame j’voulais pas vous faire peur , j’suis César Bosquet l’homme d’la Furette…vous avez vu not’gars l’Firmin y s’occupe des ch’vaux , l’est précieux , l’a l’don . Vous r’venez d’main ? c’est comme vous voulez , vous êtes chez vous…J’savais ben qu’vous saviez y faire avec les ch’vaux , ça s’voit , l’Lancelot c’est un seigneur y va bien avec vous ; l’bonsoir M’dame , ma patronne m’attend » ce faisant il s’éloigne.Sidoine le regarde partir , il claudique un peu tout en donnant une impression de puissance tranquille ; en le voyant caresser la longue crinière du cheval elle sait combien il aime la gent animale ; le long des barrières les chevaux suivent César Bosquet qui leur parle un étrange langage fait de murmures ! Lorsqu’il entre dans les écuries elle s’en va par le chemin qui la mène chez Zoé et Baptistin.

 

Sidoine  et les Nouvelles

Le soleil est déjà bas quand elle arrive , le repas servi avec diligence par l’hôtesse est délicieux . Tout en bavardant à bâton rompu elle parle de Lancelot , à ce nom tous les deux se regardent , puis oriente la conversation sur le beau temps annoncé pour le lendemain… mais leurs regards échangés n’ont pas échappés à Sidoine  qui en est distraite par l’arrivée d’une vielle femme cassée en deux fagotée comme une mendiante .Zoé l’accueille les mains tendues tandis que Baptistin approche un fauteuil paillé où elle se laisse tomber .Le couple s’installe prés de la visiteuse et Sidoine sans le vouloir capte des bribes de conversation….-« Mère Blanchemain comment allez vous ? » Discrète après un geste de la main pour les saluer la jeune femme monte dans sa chambre ; la fenêtre ouverte sur la campagne laisse entrer les parfums de l’été , la lune monte au dessus de la forêt .Sidoine devine le toit de la Maison abandonnée au bout de l’allée de peupliers…Elle soupire , dommage mais promesse donnée…parole tenue ! Quelques jours passent sans qu’il soit question de cette dernière . Chaque jour tôt le matin elle rejoint Lancelot pour faire de longues promenades .Furette et Csar Bosquet l’ont prise en estime .Firmin un peu farouche au début l’invite ce matin à venir voir dans l’écurie les chiots de « Baladine » nés dans la nuit , il y en a trois ; alors qu’elle s’inquiète de leur sort , il la rassure en souriant tout en caressant leur mère qu’ils deviendrons des « Accompagnants » pour les aveugles et aussi Compagnons pour les isolés .

C’est comme ça que Sidoine apprend qu’à l’ Equaclub on recueille non seulement un Lancelot mais aussi « Fringant » et « Lebeau » les vieux chevaux sauvés par César des mains du boucher , ou «Peluche » l’âne presque aveugle que Furette dorlote et tant d’autres ,des chiens et chats blessés ,abandonnés trouvent ici tendresse et protection .Pour les chiots c’est Firmin qui a eu l’idée il y a quelques années ; ainsi sans façon chez les Bosquet on recueille et on sauve !

 

-‘Vous savez M’dame toute vie est Sacrée , c’est la mère Blanche Main qui l’dit , et moi j’y crois à ça . Vous l’avez ben rencontrée chez Baptistin et Zoé ? » dit Firmin.Sidoine est de plus en plus séduite par cette ambiance chaleureuse tant qu’à l’Auberge qu’au Club si modeste mais où les cœurs sont si grands ; c’est comme si une couverture de tendresse l’enveloppait , il y a si longtemps que cela ne lui était arrivé !

Le lendemain matin le ciel est couvert , un voile laiteux s’étend sur la campagne ; Sidoine n’est pas habituée à cette atmosphère et a la sensation d’être oppressée , se sent mal à l’aise .Zoé s’en aperçoit , la rassure lui promettant une  « embellie » pour l’après midi ; en effet le voile laiteux fond comme neige au soleil dégageant le ciel lumineux .Elle se sent toute légère à présent et a très envie de retourner à la Maison Abandonnée au bout de l’allée de peupliers . Descendant de sa chambre elle y pense fort et sursaute lorsque Zoé l’invite à la rejoindre dans la cuisine ; elle s’arrête hésitante sur le seuil de celle-ci car si Baptistin est là , un visiteur inconnu se trouve prés de lui .-« Entrez Mam’zelle Sidoine , qu’on vous présente Félix Leménétrier qui est d’retour on lui parlait justement de vous »,explique Zoé avec sa faconde habituelle .Une longue silhouette un peu voûtée se lève, les épaules sont larges , se faisant Félix Leménétrier à l’air de se « déplier » quand il laisse le banc sur lequel il est assis en compagnie de Baptistin . –« Bonne journée demoiselle » la salue t’il en balayant le sol d’une révérence élégante ce qui fait rire la jeune femme ; sa voix est un peu basse et chaleureuse tout comme le regard rieur pointillé d’or , souriante elle lui tend la main , celle de Félix est un peu rugueuse tout en étant amicale; d’instinct il lui inspire confiance !

                                                    UN VISITEUR

 D’un geste courtois il l’invite à prendre place ;c’est étrange comme ses manières de bon aloi semblent « décalée » avec sa grande carcasse , son visage « taillé à coup de serpe » respire la bonté ….sa présence est pure énergie bienfaisante . Sans ambages il entame la conversation :

-« Alors , vous êtes séduite par la Maison Abandonnée demoiselle me disent mes amis ? Je vous comprends… » Sidoine attend , que va-t-elle apprendre ? Félix reprend :

-« Je viendrais un de ces soirs avec la mère Blanche Main il sera bon qu’elle soit des nôtres » ; sur ces mots il se lève salue Zoé et la jeune femme du même geste désuet , serre les mains de Baptistin et de Firmin qui vient d’entrer…passe la porte ouverte sur le jardin , un instant les rayons du soleil embrasent se cheveux châtains…il semble plus grand et très droit ! Un peu déroutée , Sidoine interroge ses hôtes du regard…

-« Vous en faites pas Mam’zelle , si Félix agit ainsi c’est pas sans raison »fait Zoé , Baptistin approuve d’un hochement de tête .-«  A tout à l’heure »dit Sidoine en partant bien décidée à retourner à l’allée de peupliers ; tout en cheminant elle se morigène- «non ,il ne faut pas que j’y aille , j’ai promis » au bout de l’allée la maison dort dans le soleil , bizarrement Sidoine la trouve moins triste ; elle poursuit sa promenade sachant que dans quelques jours elle en saura l’histoire ! Les jours filent à grande vitesse , les pensionnaires de l’Auberge repartent les uns après les autres seule Sidoine reste .

                                                            

Aujourd’hui elle va en ville pour son rendez vous avec le Professeur Bell qui la suit depuis son  départ de Paris pour sa longue convalescence après l’accident mortel de Stéphane son époux et la perte de leur petit Blaise…par quel miracle leur a-t-elle survécu ? Elle se remet lentement grâce a l’attention de Zoé , de Baptistin et de tous ceux qui l’entourent…Ils sont thérapeutes sans le savoir ! Elle n’a parlé qu’à demi mot de ses blessures , mais ils ont compris , elle leur sait gré de leur discrétion . Elle pense sérieusement à s’installer dans cet endroit charmant…pourquoi pas , ici elle pourra exercer son métier de traductrice sans problèmes !

« Prends ton habit scaphandrier…

Et descends dans le cœur de ta blonde… »

La chanson éclate soudain en elle…la fredonne,avec surprise elle ne la connaît pas … rien d’autre que c’est quelques mots et une voix d’homme la chantant…elle cherche pourtant , mais rien ne vient… -« c’est drôle » pense t’elle.Toute la journée et les jours qui suivent la ritournelle tourne en boucle dans sa tête , c’est agaçant…mais pourquoi ? Mine de rien des faits furtifs se précisent accompagnés par les paroles et l’air lancinant , elle ne se sent pas concernée , cela tourne inlassablement-« je deviens parano » marmonne t’elle , mais la chanson chante en elle . Sidoine s’assoit à l’ombre de la charmille où une nichée de merlots fait un chahut de tous les diables ; désoeuvrée elle a l’étrange impression dans une vague légère où les piaillements des oisillons s’estompent ; seul un air et des paroles folâtrent au bord de cette torpeur…. « Si tu t’appelles mélancolie…. » Décidemment que lui arrive t’il ? Elle ne connaît pas plus ce refrain que celui du scaphandrier ; le miaulement de Lupin le Chat la sort de cet état second ; se levant , agacée Sidoine reprend sa promenade , mais où aller…Elle est « interdite » de Maison Abandonnée , finalement elle rentre à l’Auberge !

-« Qu’est ce qui vous arrive Mam’zelle ? » lui demande Zoé devant son air rêveur . Sans hésitations la jeune femme lui conte la ronde des refrains qui telle des abeilles bourdonnent dans sa tête et de plus qui lui sont totalement inconnus._ « ça vient du temps d’ailleurs , chez moi on dit que lorsque les mots oubliés ou perdus viennent se balader en vous c’est le signe d’un Retour , j’sais bien que ça peu paraître bizarre , mais vos chansons , quelqu’un s’en sert peut être pour vous mettre sur le chemin d’autres choses allez donc savoir ? Blanche et Félix vous en diront plus et mieux que moi. »

Décidemment que de surprises , d’inconnu attendent Sidoine , cela l’intrigue ; bon patience elle commence à en avoir l’habitude !… « Que vois tu donc scaphandrier ? » la chanson continue…

- « Zoé , Zoé la chanson est de retour , c’est la suite il me semble » s’exclame la jeune femme .

-« C’est signe que vous allez dans l’bon sens , mettez pas d’frein surtout , m’est avis que vous avez pas fini » .

« Refaire le chemin à l’envers… » susurre un autre air ;

- « C’est intéressant , si je prenais des notes , qu’en pensez vous Zoé ? »

- « C’est une bonne idée , vous avez raison Mam’zelle ».

Ce qui la désolait quelques heures auparavant lui semble amusant et digne d’intérêt ; que va-t-elle découvrir , comprendre ?

Est-ce qu’il y a quelque chose à comprendre , à trouver ?

  La Rencontre 

Quelques jours passent…. avant que Félix Leménétrier ne revienne en compagnie de Blanche Main , qui ce soir est vêtue d’une robe de velours sombre et d’un châle neigeux ; elle a remonté ses cheveux blanc en un chignon piqué d’un peigne d’écaille blonde , elle regarde Sidoine avec tendresse .

Ils s’installent tous sous la pergola dans la douceur estivale….et Félix commence :

-«  Demoiselle avec Blanche nous venons vous « raconter » la Maison Solitaire; sans doute êtes vous intriguée par l’inscription à demie effacée de l’écriteau , peut être pensez vous que « Ulbé »…ça ne veut rien dire  et pourtant.

A l’origine c’est « Ulbenosiame »drôle de nom direz vous mais en mélangeants les lettres d’une autre façon vous pouvez lire….

« Maison Bleue »…fantaisie d’originale ? non , celle qui l’a baptisée ainsi connaissait le vieil adage qui dit que Prononcer ,Ecrire les Mots à l’Envers est le seul moyen de pénétrer au Cœur de la Féerie…c'est-à-dire passer A Travers le Miroir  pour cela il faut y croire sans crainte mais avec respect » .

L’entrée en matière de Félix surprend la jeune femme…mais l’intéresse…elle n’est guère férue en Féerie…cela l’interpelle .

Blanche prenant la parole intervient d’une voix douce :

-« Félix Leménétrier tu vas un peu vite tu permets mon grand ? Commençons par le commencement pour Sidoine …

Un « ménétrier » dans nos campagne était autrefois un « violoneux » un joueur de violon , un violoniste ; on appelait aussi ce dernier « Fêle » ces noms on les a oubliés aujourd’hui et c’est bien dommage…

Voyez vous Sidoine dans les mariages le violoneux jouait en tête du cortège de la «  noce » (on le voit sur les vieux clichés) ensuite il faisait danser les mariés et leurs invités ! On dit aussi que celui qui est capable de Jouer sur son violon « La Mélodie du Roy » entraîne les danseurs Vers l’Eau …

C’est à cet instant qu’il est Magicien…Enchanteur…il ne peut arrêter la danse que s’il joue « A l’Envers » ou alors couper les cordes de son violon , raconte la légende…Sans doute Félix avec un pareil patronyme a t’il dans ses ancêtres un Joueur de Fêle ou de violon si vous préférez , lui-même est violoniste et a hérité du don de Sourcier de celui ci ou d’un autre ! »

                       Alors ainsi se termine  la première partie de

                                       La Belle Histoire de SIDOINE

                                           la suite bientôt dans

                                          'Le Joueur de Fêle'

 Jeanne Chanteplume

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

                                                                       

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

  

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