ELLES SONT FEMMES DE PLUMES

Un arbre à Poèmes est un 'Poèmier' , Celles qui écrivent des Poèmes sont des 

'POEMIERES' 

Poème d'ANTOINETTE DESHOULIERES(1688)

 

"ENTRE DEUX DRAPS

..."

Entre deux draps de toile belle et bonne

Que trés souvent on rechange,on savonne,

La jeune Iris au coeur sincère et haut,

Aux yeux brillants,àl'esprit sans défaut,

Jusqu'à midi volontiers se mitonne  .

 

Je ne débats de goûts contre personne :

Mais franchement sa paresse m'étonne ;

C'est demeurer seule plus qu'il ne faut

Entre deux draps .

 

Quand à rêver ainsi l'on s'abandonne,

Le traître amour rarement le pardonne ;

A soupirer on s'exerce bientôt ;

Et la vertu soutient un grans assaut ,

Quand une fille avec son coeur raisonne

Entre deux draps .

 

Poème de ROSE HAREL

SERVANTE-POETE née 1826 

Avec trois cents écus de rente

Je sais bien ce que je ferais :
Sur la rive d'une eau courante
Ma chaumière je bâtirais.

Pour moi, ce serait la richesse

Et, de tout souci libre enfin,
J'y reposerais ma vieillesse :
Calme, j'en attendrais la fin.

Là, mes amis trouveraient place

Au soleil, à l'ombre, au foyer,
Sur le banc rustique où s'enlace
Le chèvrefeuille au marronnier,

Pour dormir, ils auraient encore

La chambre blanche où grimperait
A la fenêtre, au lieu de store,
Un rosier qui l'ombragerait.

A qui souffre et meurt en silence,

Sans appel à la charité,
Je donnerais soins, assistance,
Sans jamais blesser sa fierté.

Je voudrais aussi, tant que dure

L'hiver qui givre nos carreaux,
Sur mon seuil donner la pâture,
Chaque jour, aux petits oiseaux.

L'être faible qui souffre ou pleure,

L'enfant, l'oiseau, le vieillard, tous
Auraient dans mon humble demeure
Du feu, du pain ou quelques sous.

Enfin, je pourrais, faisant trève

Au travail de tous les instants,
Réaliser mon plus doux rêve,
Pas à pas suivre le printemps ;

Voir le réveil des primevères,

Ecouter le bruit des ruisseaux,
Les voix sauvages des bruyères,
Et le vent parler aux roseaux.

Souvent je dirais à la muse :

Allons-nous-en dans les grands bois ;
Sur mes jours, dont la trame s'use,
Répands ton charme d'autrefois.

Viens m'apprendre de chaque chose

Le sens caché, si loin du mot.
Cherchons, du parfum de la rose
A l'amère senteur du flot ;

Cherchons, des germes à l'atôme,

Du tout petit papillon bleu
Aux astres du céleste dôme :
Viens m'éclairer l'oeuvre de Dieu !

Sous le peuplier, sous le tremble,

Furtive, je me glisserais
Au moment où la feuille tremble,
Pour voir si je devinerais

Ce que d'une lèvre si prompte

Aux vents, aux cieux, à l'infini,
Le jour, la nuit, elle raconte
Sur ce pauvre monde puni.

Peut-être des âmes fidèles,

Cherchant ceux qu'elles ont aimés,
Du rameau que frôle leurs ailes
Font naître ces bruits innommés

Qui le soir, quand on les écoute,

Semblent un immense soupir,
Ou le sanglot frayant la route
D'une voix qui s'en va gémir.

Ou bien, c'est un murmure à peine,

Un chuchotement, un baiser,
Le Sursaut d'un coeur qu'on enchaîne
Mystérieux et doux causer...

Avec trois cents écus de rente,

Oui, voilà comment je vivrais...
Mais n'ayant rien, je me contente
De rêver ce que je ferais !'
 
(Une Etoile au ciel de la POESIE)
 

                                                                                                      

                                          Marceline Desbordes-Valmore

                                               

 

 

L A   J E U N E
C H A T E L A I N E


«Je vous défends, châtelaine,
De courir seule au grand bois.»
M'y voici, tout hors d'haleine,
Et pour la seconde fois.

J'aurais manqué de courage
Dans ce long sentier perdu;
Mais que j'en aime l'ombrage!
Mon seigneur l'a défendu.

«Je vous défends, belle mie.

 Ce rondeau vif et moqueur.»
Je n'étais pas endormie
Que je le savais par coeur.
Depuis ce jour je le chante;
Pas un refrain n'est perdu:
Dieu! que ce rondeau m'enchante!
Mon seigneur l'a défendu.

«Je vous défends sur mon page
De jamais lever les yeux.»
Et voilà que son image
 Me suit, m'obsède en tous lieux.
Je l'entends qui, par mégarde,
Au bois s'est aussi perdu:
D'où vient que je le regarde?
Mon seigneur l'a défendu.

Mon seigneur défend encore
Au pauvre enfant de parler;
Et sa voix douce et sonore
Ne dit plus rien sans trembler.
Qu'il doit souffrir de se taire!
 Pour causer quel temps perdu!
Mais, mon page, comment faire?
Mon seigneur l'a défendu.

 

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